Valérie De Bue : « Une Wallonie forte et compétitive pour assurer notre modèle social »

Dans son discours sur l’État de la Wallonie, la cheffe de groupe MR Valérie De Bue trace une voie claire : assumer une culture du travail et de la responsabilité budgétaire, et faire de la croissance le moteur d’un modèle social durable. Elle défend une stratégie industrielle ambitieuse – portée par des projets vitaux comme la Boucle du Hainaut, indispensable pour sécuriser l’alimentation électrique de nos entreprises – et une Wallonie qui assume pleinement sa place dans la souveraineté économique européenne. À travers des exemples concrets d’entreprises qui investissent et créent de l’emploi, elle rappelle que ce sont l’initiative, l’innovation et la confiance qui financeront nos écoles, nos hôpitaux et notre protection sociale.

Découvrez ci-dessous l’intégralité de son discours du mercredi 8 avril 2026.

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Chers collègues,

Je me tiens devant vous pour parler de l’état de la Wallonie. De l’état d’une Région lourdement endettée par des décennies de mauvaise gestion. D’une Région qui n’a certainement pas le luxe de tout promettre à ses citoyens sans compter, de distribuer des chèques comme si de rien n’était. Autour de nous, le monde est en tension. Les guerres se multiplient, les prix de l’énergie sont instables, les équilibres économiques sont fragilisés.

Dans une telle période, il y a deux voies possibles. Il y a ceux qui choisissent le chemin du misérabilisme, ce courant qui consiste à peindre la misère humaine. Dire, par exemple, que tout va mal en Wallonie à cause d’un gouvernement en place depuis moins de deux ans. Et puis il y a le chemin du positivisme, qui privilégie l’observation, le réalisme, l’étude du réel. Aujourd’hui, c’est la voie qu’a choisi le gouvernement Azur : analyser, objectiver, prendre des mesures qui ont du sens pour les Wallonnes et les Wallons.

Pour que demain la vie de nos concitoyennes et concitoyens soit meilleure, il nous faut une Région plus forte, plus compétitive. Je l’assume pleinement : notre modèle, défendre la croissance, c’est ce qu’il y a de plus social. Cela suppose un changement d’état d’esprit, de culture, qu’une majorité de la population a appelé de ses vœux. Oui, le changement bouscule les habitudes. Mais il est indispensable.

Je regrette les grèves à répétition qui paralysent notre activité économique et ajoutent de l’angoisse dans une période déjà difficile. Ce mercredi 8 avril, c’est l’anniversaire de Bouddha au Japon. Alors pour l’occasion, j’aimerais vous partager une de ses citations, révélatrice de ce que nous vivons : “Le changement n’est jamais douloureux. Seule la résistance au changement est douloureuse.”

Qui, aujourd’hui, dans cette assemblée, osera dire qu’il ne fallait pas limiter les allocations de chômage dans le temps ?

Qui aura le courage de dire aux travailleuses et travailleurs que certains métiers vont être impactés par l’intelligence artificielle et qu’il faudra se former pour de nouveaux métiers ?

Qui aura le courage de dire à nos agricultrices et agriculteurs que le libre‑échange est nécessaire, à condition qu’il n’affaiblisse pas notre agriculture ? Le Mouvement Réformateur assume cette vaillance.  Nous ne sommes pas là pour renvoyer les gens sur les mêmes chemins sans issues qu’ils empruntent en boucle depuis 50 ans. Nous sommes là pour ouvrir une nouvelle voie, ouvertement moderne, plus entreprenante, résolument tournée vers l’avenir.

Soyons précisément tournés tous ensemble vers l’avenir de notre région. Quelle Wallonie voulons‑nous demain ? Nous pouvons nous accorder sur un postulat de départ : offrir une vie meilleure aux Wallonnes et aux Wallons. Pour cela, nous devons, nous voulons agir et agir encore, nous voulons transformer la Wallonie en terre d’opportunités, nous ferons tout pour changer notre vieux logiciel, nous mettrons tout en œuvre pour anticiper tous les bouleversements, nous insufflerons cette nécessaire confiance qui permet de prendre son destin en mains.

Nos concitoyens veulent sortir du sombre récit radoté par la gauche pour faire partie d’une Wallonie dont ils seront fiers.

Il y a deux semaines à peine, j’ai été invitée avec des collègues à visiter la fonderie Fondatel, à Andenne. Ce que j’y ai vu m’a donné foi en notre projet : des femmes et des hommes de tous horizons, heureux de se lever le matin pour rejoindre le boulot, une cohésion d’équipe. J’ai rencontré des ouvriers qui privilégient le dialogue à la confrontation. J’ai vu un véritable savoir‑faire wallon qui mérite qu’on l’expose et qu’on l’exporte. J’ai de l’admiration pour cette entreprise qui cherche des travailleurs, qui veut les former et leur offrir des emplois stables.

Notre sécurité sociale repose sur notre capacité à créer de l’activité, à générer de la richesse, à soutenir nos locomotives économiques. Soyons fiers, très fiers, d’avoir des leaders comme Odoo, UCB ou GSK en Brabant wallon, de compter dans le Hainaut sur Pairi Daiza, élu chaque année meilleur parc d’Europe. De profiter de l’expertise de la FN Herstal en matière d’armes, ou de Safran qui va créer des centaines d’emplois et une nouvelle usine à Welkenraedt. De posséder en province de Luxembourg, avec Galaxia, un pôle unique de cybersécurité et d’innovations spatiales à ambition européenne.

Toutes ces locomotives doivent entraîner dans leur sillage nos PME et TPE. Les slogans, les calicots et les quolibets faciles ne paient pas les salaires des travailleurs. Ils ne l’ont jamais fait et ne le feront jamais.  Seules les entreprises, les entrepreneurs, leurs collaboratrices et leurs collaborateurs, toutes celles et ceux qui bossent, font avancer sans relâche notre région. C’est grâce à la richesse qu’ils créent que nous pouvons financer des politiques sociales solides, soutenir nos enseignants, nos médecins, nos infirmières, nos policiers, toutes ces professions qui tiennent notre société debout. Ils méritent plus que nous tous vos applaudissements.

La Wallonie doit devenir l’un des piliers d’une souveraineté européenne retrouvée.  Nous y apporterons toute notre expertise. Les exemples sont nombreux et motivants.
Notre industrie de la Défense doit se positionner en spécialiste des drones et dispositifs anti‑drones.
De nouvelles filières doivent miser et s’ouvrir au travail des matières premières, avec l’exploitation et le recyclage de ressources critiques, à l’intelligence artificielle et aux data centers, à tous les secteurs qui construisent la Wallonie de demain, stable, optimiste et active.
Affirmons‑le haut et fort: l’autonomie stratégique de l’Europe se joue aussi à Andenne, à Charleroi, à Liège, dans le Brabant wallon, dans la province de Luxembourg, partout où nos entreprises et nos centres de recherche innovent et exportent.

Je note, sans ironie aucune, que notre vénérable Parti socialiste vient de publier un grand texte pour “remettre la croissance économique au cœur de sa doctrine” et “reconnecter avec le tissu économique”.
Fin 2023, son président, qui l’est toujours, nous expliquait encore qu’il croyait dur comme fer en “l’absence de croissance économique”. Aujourd’hui, un PS soudainement plus réaliste (quoique…) découvre qu’il faut produire des richesses, soutenir les entreprises et ré-établir une souveraineté industrielle, en Wallonie et bien entendu en Europe.
Chers collègues, derrière toutes vos contradictions et vos pirouettes idéologiques, il y a surtout une abyssale absence de résultats.

Dans les communes de vos bourgmestres présentés comme experts en économie, les taux d’emploi et les revenus moyens des ménages racontent une tout autre histoire, hélas bien triste, que votre nouvelle théorie destinée à parader sur vos réseaux sociaux.
Depuis l’opposition, vous donnez des leçons.
C’est un rôle qui vous a toujours été comme un gant.
C’est évidemment beaucoup plus confortable que de le relever et de produire des résultats marquants.
Je me suis penchée sur votre nouvelle doctrine. Je constate sans surprise que vous recyclez pour la énième fois les mêmes vieilles recettes et autres plans Marshall. Elles ne fonctionneront pas.

Notre stratégie industrielle doit rendre la Wallonie prospère. Attirer des entreprises qui génèrent de la richesse, assumer une culture du succès, lever les freins administratifs : c’est le cœur de notre projet. Cela suppose aussi d’adapter nos infrastructures, notre réseau électrique, pour permettre le développement des projets économiques structurants dont nous avons besoin. Concrètement, la Boucle du Hainaut est une condition indispensable pour sécuriser l’alimentation de nos entreprises et accueillir de nouvelles activités industrielles dans notre région.

 

Une Région compétitive doit assumer des choix clairs en matière d’énergie C’est un enjeu majeur.

Améliorer le quotidien des familles et des travailleurs passe par cette stratégie industrielle. J’ai un scoop pour vous : si la Wallonie est prospère, alors notre modèle social pourra durablement nous protéger. Et cela doit faire consensus au sein de nos formations politiques. Quand l’économie va bien, quand les entreprises investissent, quand le taux d’emploi monte, alors oui, on peut mieux financer nos écoles, nos hôpitaux, nos infrastructures, notre protection sociale.

Il suffit de regarder autour de nous. En Flandre, la prospérité est plus élevée, le taux d’emploi est plus important, et cela se voit. Cela se voit dans la capacité de la Région flamande à alléger la fiscalité pour la population, à soutenir ses entreprises, à investir dans ses routes et ses infrastructures. Cela ne veut pas dire que tout y est parfait, mais cela montre une chose très concrète : quand on fait le choix de la croissance et du travail, on peut être plus généreux.

C’est ce consensus‑là que je veux pour la Wallonie : un accord de fond, au‑delà des clivages. Pour une justice sociale durable, il faut créer de la richesse. Pour augmenter le taux d’emploi, il faut des entreprises qui réussissent. C’est cela, faire société : reconnaître que la prospérité et la solidarité ne s’opposent pas, elles se renforcent.

Madame Morréale, vous avez évoqué à juste titre le prix de l’énergie : l’essence, le diesel, le gaz. Je tiens quand même à vous rappeler que le litre de diesel à 2,30 euros deviendra à terme la norme, en raison d’un vote au Parlement européen pour atteindre nos objectifs climatiques. Nous plaidons, au MR, pour temporiser et revoir des dispositifs comme l’ETS2 en raison du contexte international.  Par ailleurs, la fiscalité sur l’énergie se décide d’abord au niveau fédéral où le MR a enfin été entendu avec une intervention ciblée sur les gens qui travaillent. Nous évaluerons si c’est suffisant mais nous réclamons le cliquet inversé depuis des jours afin de faire baisser le prix des carburants jusqu’à 17 centimes. À moins que vous ne souhaitiez distribuer depuis Namur des chèques énergie à tous les ménages wallons ? Dans votre interview du 25 mars, vous avez dit – et je vous cite – “l’argent ne tombe pas du ciel”. Vous avez ajouté qu’il fallait des mesures ciblées, plus strictes, plus efficaces, plus rapides, et qu’il fallait les évaluer. J’ai cru un bref instant que vous aviez pris votre carte au Mouvement réformateur. Votre discours lucide sur la crise énergétique, puissiez‑vous l’avoir sur d’autres sujets.

Parce que, dans la même interview, vous expliquez que nous aurions “supprimé” les primes, qu’il faudrait “élargir l’assiette fiscale” et que la réforme des droits d’enregistrement “n’aide que les personnes qui achètent des maisons chères”. Permettez‑moi de re-mettre les choses au point encore une fois : les primes à la rénovation ?  Nous avons revu un système qui dérapait de plusieurs centaines de millions d’euros. Nous le rendons soutenable et mieux ciblé vers ceux qui en ont vraiment besoin. Nous n’avons rien supprimé. On ne peut pas nous dire, d’un côté, que l’argent ne tombe pas du ciel, et nous reprocher, de l’autre, de corriger cette dérive grave.
On ne peut pas non plus répéter à longueur de journée, comme un vieux disque rayé, que les droits d’enregistrement réduits à 3% n’aident que les riches quand les chiffres montrent exactement l’inverse.

À Liège, dans votre nouvelle ville, les achats d’appartements ont fortement augmenté depuis la réforme. Le nombre de ventes y a même plus que doublé en 2025 par rapport à 2024, selon Statbel.
Dans la plupart des grandes villes, on observe une hausse d’au moins 20% des transactions. Vous critiquez une mesure, alors que les faits confirment un succès :
des jeunes qui accèdent enfin à la propriété, avec la part des 18‑35 ans qui est passée de 32 à 38% en cinq ans pour les appartements ;
une hausse globale du nombre de transactions de plus de 16%, selon la Fédération des notaires ;
une augmentation des prix de l’immobilier qui reste comparable à ce qu’on observe en Flandre, loin de l’explosion que vous décrivez. Un simple fact-checking vous ramènera à cette évidence : ca marche !

Derrière ces chiffres, il y a des visages.
Un jeune couple qui travaille, qui, avant, n’aurait jamais pu acheter parce qu’il n’avait pas d’épargne suffisante, peut aujourd’hui devenir propriétaire. Ce sont ces jeunes, ces familles modestes qui achètent pour la première fois, que nous aidons.
Rendre possible l’accès à la propriété, c’est l’une des meilleures politiques sociales.

Mais pour acheter un bien, il faut d’abord pouvoir « gagner sa vie » selon l’expression commune. Remettre les gens à l’emploi, en les accompagnant vraiment, c’est le cœur de notre projet. Comment ? En les prenant en charge le plus rapidement possible, en simplifiant les aides à l’embauche, en concentrant les moyens là où ils créent de vrais jobs : c’est exactement ce que le gouvernement a mis en place.

Concrètement, aujourd’hui, un tiers des entreprises wallonnes annoncent vouloir recruter, pour un total d’environ 88 000 emplois cette année, dans tous les secteurs, pour tous les profils. La BNB l’a également confirmé récemment : 135.000 postes seront créés entre 2025 et 2028, grâce notamment aux réformes du marché du travail. La Wallonie a aussi renforcé la coopération avec la Flandre pour favoriser l’emploi interrégional. Et puis, surtout, ce qui est extrêmement important, c’est la qualité de ces emplois. La majorité des demandes sont des contrats durables – la moitié sont des CDI !

De l’emploi, il y en a.
Mobilisons nos forces pour faire correspondre ces postes vacants avec les talents disponibles. Notre rôle est d’encourager chacune et chacun à saisir ces opportunités, et de leur en donner les moyens. Soyons-en certains, ce qui rendra les gens plus heureux demain, c’est la liberté qu’offre un emploi, un salaire, un projet de vie. Ce n’est certainement pas la dépendance à l’argent public.

 

Tout ce que je viens d’évoquer – l’industrie qui investit, les emplois qui se créent, les jeunes ménages qui accèdent à la propriété – ne tiendra dans la durée que si l’État fait enfin sa part : simplifier, clarifier, moderniser et surtout gérer chaque euro public avec rigueur. Aujourd’hui encore, trop de patrons me disent : “On veut investir chez vous, mais on ne sait pas à quelle porte frapper, ni combien de temps cela va prendre.” Un permis qui met des mois à arriver, ce n’est pas seulement un dossier de plus sur un bureau, c’est une ligne de production qui ne démarre pas, ce sont des emplois qui n’existent pas.

C’est pour cela que nous soutenons un véritable choc de simplification : des procédures plus lisibles, des délais encadrés, la dématérialisation des permis, un accompagnement clair pour ceux qui veulent investir en Wallonie. Chaque jour qu’on enlève à la paperasse, c’est un jour gagné pour un projet, un emploi, un service. Les bourgmestres, eux aussi, connaissent cette réalité. Ils jonglent avec des circulaires budgétaires, des normes qui s’empilent, des niveaux de pouvoir qui se croisent. Notre responsabilité est de leur donner plus de visibilité et moins de complexité : des financements stabilisés, des règles plus simples, une rationalisation des structures – y compris des provinces – pour que chaque euro public aille là où il est utile.

Et puis il y a le citoyen, qui veut simplement que les choses soient plus accessibles: pouvoir introduire une demande en quelques clics, suivre son dossier, ne pas devoir raconter dix fois la même histoire à dix guichets différents. Moderniser la fonction publique, c’est donner aux agents les outils pour répondre plus vite et mieux. Une Région moderne, c’est une Région qui fait gagner du temps aux personnes qui travaillent, soignent, enseignent, entreprennent.

 

Chers collègues, tout ceci renvoie à une question élémentaire :
quelle culture voulons‑nous pour la Wallonie ?
Celle de la plainte éternelle ou au contraire le vaste champ de l’optimisme?  Des territoires proches de nous, qui ont connu des chocs industriels lourds, ont choisi le volontarisme et la confiance. Lille, longtemps symbole d’une industrie en déclin, est devenue une métropole européenne attractive, innovante, dynamique. La Ruhr, cœur du charbon allemand, a refusé d’être un musée de la nostalgie : elle a transformé ses friches en pôles culturels et technologiques, tout en assumant son patrimoine industriel.

Nous avons, en Wallonie, des atouts comparables : une position au cœur de l’Europe, un tissu dense de PME industrielles, logistiques, technologiques, des travailleurs dont le savoir‑faire est reconnu partout. La différence, ce n’est pas le talent, c’est l’état d’esprit.

Sur le terrain, nous le voyons dans les usines, les hôpitaux, les classes, les laboratoires. C’est cette fierté‑là que nous voulons mettre au centre : une Wallonie qui se réinvente.

Chers collègues, dans cette période charnière, nous avons fait notre choix : celui du positivisme.
Pas celui qui nie les difficultés, mais celui qui refuse de s’y complaire.
Celui qui assume les réformes, les responsabilités et le redressement. Celui qui prend toutes initiatives, et quelques risques.
Celui qui contribue, qui anime, qui réalise.
Dans ce monde en pleine mutation, nous promettons de choisir systématiquement la voie qui rend la Wallonie plus solide, plus confiante, plus sereine, plus juste et plus joyeuse.
Une Wallonie, fière d’elle‑même, qui se construit sans peurs un futur éclatant.
C’est cette Wallonie‑là que le groupe MR fera avancer avec vous.