Service garanti au TEC : concilier droit de grève et droit à la mobilité

Dix jours de grèves, dix jours de vies bouleversées

Depuis maintenant dix jours, la Wallonie vit au rythme de grèves à répétition au sein du TEC. Dix jours durant lesquels des milliers de citoyens ont vu leur quotidien profondément bouleversé, parfois de manière dramatique.

Soyons clairs d’emblée : le MR respecte pleinement le droit de grève. Il s’agit d’un droit fondamental, inscrit dans notre tradition sociale et démocratique. Mais un droit, aussi légitime soit-il, ne peut devenir un instrument détourné qui pénalise systématiquement les plus fragiles.

Des conséquences humaines, sociales et économiques trop souvent ignorées

Force est de constater que ces mouvements dépassent aujourd’hui largement le cadre d’un conflit social classique. Leurs impacts humains, sociaux et économiques sont lourds, souvent invisibles, mais bien réels.

Travailleurs et étudiants privés de moyens de transport pour se rendre sur leur lieu de travail ou d’étude. Aides ménagères qui, faute de bus, ne peuvent plus se rendre chez leurs clients et subissent une perte sèche sur leur salaire. Bénéficiaires des Restos du Cœur empêchés d’accéder à leurs colis alimentaires. Personnes à mobilité réduite, déjà confrontées à de nombreux obstacles, privées d’interactions sociales, de soins ou simplement de sorties culturelles.

Ce sont ces réalités concrètes que nous ne pouvons plus ignorer.

Le droit de grève ne peut devenir une obligation de grève

Une autre dimension, tout aussi préoccupante, mérite d’être soulignée : celle du droit au travail. Derrière ces grèves, il y a aussi des chauffeurs et des agents du TEC qui souhaitent travailler, ou qui n’ont tout simplement pas la possibilité financière de se permettre dix jours de grève.

Certains subissent des pressions, explicites ou implicites, pour ne pas assurer leur service. Cette situation est inacceptable. Le droit de grève ne peut jamais se transformer en une obligation de grève.

Nous refusons une Wallonie où des citoyens sont pris en otage pour des raisons qui, de plus en plus, semblent s’éloigner des revendications sociales pour glisser vers une instrumentalisation politique du conflit.

D’autant plus que le dialogue n’a jamais été rompu. Le ministre a tendu la main, des discussions ont été ouvertes, des canaux de concertation existent. Pourtant, cette main tendue n’a, jusqu’à présent, jamais trouvé de réponse constructive.

Garantir un service minimum : une nécessité pour l’intérêt général

Notre vision est claire et constante : une Wallonie capable d’entendre les revendications, de respecter les travailleurs, mais aussi de garantir un service minimum pour les citoyens qui dépendent quotidiennement de ce service public.

Le transport public n’est pas un luxe. C’est un droit à la mobilité, un droit à l’autonomie, un droit à la dignité.

S’inspirer de ce qui fonctionne : l’exemple du rail

Notre ancien ministre fédéral, François Bellot, a eu le courage politique de mettre en place un service garanti à la SNCB. Cette réforme, longtemps décriée, est aujourd’hui largement reconnue comme nécessaire et équilibrée.

Il est temps d’avoir la même ambition pour le TEC. Mettre en place un service garanti, ce n’est pas nier le droit de grève ; c’est le concilier avec l’intérêt général.

Pour un transport public fiable, humain et responsable

Nous ne pouvons plus accepter que des milliers de Wallonnes et de Wallons soient privés de leur droit à la mobilité, de leur droit au travail et, parfois, de leur droit le plus élémentaire à une vie sociale digne.

Le service public doit rester au service du public. Cela suppose du dialogue, de la responsabilité, mais aussi du courage politique.

La Wallonie mérite mieux que l’immobilisme et la prise d’otage. Elle mérite un transport public fiable, humain et respectueux de tous : travailleurs, usagers et citoyens.

Valérie Bluge, députée wallonne